Des membres du conseil d’administration de l’Association des Communes Jumelées de Nouvelle-Aquitaine (ACJNA) ont récemment participé à un webinaire consacré au Fonds de soutien aux jumelages, mis en place en 2026 par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Ce nouveau dispositif répond à un constat largement partagé : les jumelages connaissent, dans certains territoires, un essoufflement lié notamment au renouvellement générationnel des bénévoles, au manque d’ingénierie dans les petites communes et aux difficultés d’accès aux financements. Le ministère souligne lui-même que les dispositifs existants pouvaient présenter des exigences techniques et administratives dépassant les capacités de certaines petites communes. Le nouveau Fonds entend précisément répondre à ces enjeux en soutenant des projets portés par et pour les jeunes ainsi que des projets à impact local durable. Il s’adresse prioritairement aux communes de moins de 10 000 habitants disposant d’un jumelage formalisé ou en cours de création. L’ACJNA salue la création de ce dispositif et souhaite contribuer à sa réflexion et à son amélioration à partir des réalités observées sur le terrain.
Une organisation qui distingue le porteur administratif du porteur opérationnel
Le Fonds présente une particularité importante : la commune est la bénéficiaire de la subvention et en assure la maîtrise d’ouvrage ainsi que la responsabilité administrative et financière. La conception et la mise en œuvre opérationnelle du projet peuvent toutefois être confiées au comité de jumelage ou à une structure équivalente agissant pour le compte de la commune. Cette organisation correspond à la réalité institutionnelle des relations internationales des collectivités territoriales. Elle peut néanmoins soulever certaines difficultés dans les petites communes où le jumelage repose très largement sur l’engagement bénévole d’une association ou d’un comité de jumelage. Dans de nombreux territoires, le comité de jumelage est en effet celui qui connaît le mieux le partenariat, entretient les relations avec la commune étrangère, imagine les projets, mobilise les habitants et organise concrètement les échanges. La commune constitue alors le porteur administratif du projet, tandis que le comité en est, dans les faits, le principal moteur opérationnel.
Lorsque l’ingénierie repose sur quelques bénévoles
Les petites communes ne disposent généralement pas de personnel spécifiquement chargé des relations internationales ou des jumelages. Lorsque le projet est conçu et animé par un comité de jumelage, les bénévoles doivent donc travailler en lien avec les services municipaux pour permettre à la commune d’assumer ses responsabilités administratives et financières. Cela peut notamment impliquer la préparation des éléments nécessaires au dossier, la recherche et le suivi des dépenses, les devis, les commandes, les justificatifs, le suivi budgétaire et, plus largement, la coordination entre l’association et la collectivité. Le dispositif crée ainsi une situation particulière : l’initiative et l’ingénierie du projet peuvent être associatives, tandis que la responsabilité administrative et financière demeure communale. Dans les communes disposant de peu de moyens humains, cette articulation peut représenter une charge supplémentaire pour les élus, les agents municipaux et les bénévoles.
Une question d’adéquation entre les ambitions du Fonds et les moyens disponibles
Cette question est d’autant plus importante que le Fonds entend contribuer à la revitalisation et à la pérennisation des jumelages. Or, pour certains comités, la difficulté ne réside pas uniquement dans le financement d’une rencontre ou d’une mobilité. Elle concerne également la capacité à disposer du temps, des compétences et des relais nécessaires pour construire les projets, mobiliser de nouveaux bénévoles, associer les jeunes et assurer la continuité du partenariat. Le financement ponctuel d’un projet peut constituer un levier important. Il ne répond toutefois pas nécessairement, à lui seul, aux besoins d’ingénierie et d’animation qui permettent à un jumelage de s’inscrire dans la durée.
Quelles évolutions pour faciliter l’accès des petites communes ?
À partir des échanges avec les communes et les comités de jumelage, plusieurs pistes pourraient être explorées. Il s’agit de :
- Simplifier autant que possible les démarches administratives pour les petites collectivités ;
- Mieux prendre en compte le rôle des comités de jumelage dans la conception et la mise en œuvre des projets ;
- Renforcer l’accompagnement des communes qui ne disposent pas de personnel dédié aux relations internationales ;
- Faciliter la mise en place d’une véritable articulation entre la commune, responsable du projet, et le comité de jumelage, opérateur de terrain ;
- Mieux prendre en compte le temps bénévole et l’ingénierie nécessaires à la préparation des projets ;
- Réfléchir à des modalités permettant d’accompagner non seulement les projets ponctuels, mais également les démarches contribuant à la pérennisation des jumelages.
Ces propositions ne remettent pas en cause le principe d’un portage communal. Elles visent plutôt à mieux adapter le fonctionnement du dispositif aux réalités organisationnelles des petites communes, en reconnaissant pleinement le rôle des associations et des bénévoles qui font vivre les jumelages au quotidien.
Faire remonter les réalités du terrain
La création du Fonds constitue une avancée importante pour les communes engagées dans des partenariats européens et internationaux. Sa première année de mise en œuvre représente également une occasion d’observer ses effets concrets et d’identifier les éventuels ajustements nécessaires. À travers cet article, l’ACJNA souhaite donc faire remonter les réalités rencontrées par ses adhérentes et leurs comités de jumelage, et contribuer au dialogue avec les acteurs institutionnels afin que les futurs ajustements du dispositif puissent répondre au mieux aux besoins des territoires. Le succès d’un fonds destiné à revitaliser les jumelages dépendra aussi de sa capacité à être accessible à ceux qui, sur le terrain, les font vivre.